à vous la parole ! (octobre 2010 : de la responsabilité d’un collégien)

Débat sur la responsabilité d’un collégien et son droit à l’expression… 

Texte de Francis GILLMANN : 

Je ne sais pourquoi, mais la remarque sur le non-droit de grève des collégiens (dans la rubrique « évènements », article sur le blocus des collégiens et le commentaire qu’il a inspiré), m’a fait penser à ce passage de Victor Hugo :

(…) Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme ; c’était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu’elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une pichenette.(…)

Lorsque l’on demande à un adolescent de bâtir son projet éducatif personnel, que depuis la maternelle, le rôle des parents et éducateurs est de le rendre autonome, quand nous demandons à nos enfants d’être sans arrêt adultes et d’assumer leurs actes, que la France songe à baisser l’âge de responsabilité pénale, doit-on être surpris quand justement là, ils appliquent dans la « vraie vie » ce que tout le monde les incite à faire ?

Soyons clairs, la place d’un collégien est au collège, son immaturité ne lui permettant pas d’assumer des choix politiques d’adultes. Mais quelque part, j’ai envie de leur retirer une partie de leur responsabilité dans le blocage collectif des bus scolaires, le 18 octobre.

La Loi définit l’irresponsabilité pénale des mineurs de 13 ans (enfants de moins de treize ans). Par contre, même si leur responsabilité peut être atténuée à l’appréciation souveraine du Juge, à compter de 13 ans elle est bien réelle.

Responsables pour la Loi, en apprentissage d’autonomie pour ses éducateurs et ses parents, pouvons-nous lui nier son droit à exprimer son opinion qui ce jour là se traduisait par une manifestation collective et une « grève », c’est-à-dire un refus d’intégrer le lieu des études ?

Incités par l’actualité, informés entre eux par des sms, témoins de débats au sein des familles sur la réforme des retraites, l’enfant-adolescent se fait une idée, une opinion, maladroitement, mais en conscience. Il n’est donc plus un « petit con » pour reprendre l’expression d’un commentaire de lecteur sur ce blog. Peut-être que, comme dans tout mouvement de foule, et ce quel que soit son âge, le manifestant devient un « petit con », commettant des actes que quelques minutes auparavant il aurait jugé impossibles, voire inadmissibles.

Alors, entre la condamnation brute des actes commis par les manifestants du 18, et l’empathie que certains pourraient avoir avec eux, force nous est de constater que ce besoin d’expression n’a su se traduire qu’ainsi. Qu’avons-nous proposé, nous, adultes, responsables et surs de notre bon jugement, pour permettre l’expression des craintes d’adolescents face à un avenir incertain avant que cela ne dégénère en dégradation de bien collectif (entre autre les autobus) ?

Est-il stupide de croire que si, au sein de la collectivité « collège » où ils passent une partie de leur vie, hormis le lieu d’échange et de débats que constitue le foyer socio-éducatif, un espace physique, un mur réservé permettant les dazibaos et autres collages et tags, un espace virtuel, un blog des collégiens permettant les échanges de leurs craintes, de leurs peurs, mais aussi de leurs espoirs et de leurs rêves, aurait évité le besoin de s’exprimer par cette symbolique « grêve », et ses inévitables dérapages hors encadrement ? (évidemment, ces lieux de liberté d’expression collective, s’ils existaient, seraient placés sous la responsabilité d’éducateurs, sans censure, mais avec le regard de l’adulte, les conseils et l’appui d’un responsable-référant).

Dans notre société de l’image, où l’information se transmet à la vitesse d’un sms, avec un avenir de chômeur et des exemples d’adultes parfois peu responsables eux-mêmes, l’adolescent n’est plus un enfant à qui l’on dit assieds-toi et apprend. Ne pas permettre cette expression primaire est prendre le risque de céder à la dictature des notes sur Facebook, msn et autres messages écrits ou téléphonés auquels les adultes n’ont pas accès. C’est accepter la domination de la rumeur sur l’information.

L’adolescent, le collégien, apprendra quand il aura compris que, même par la simple expression écrite sur un mur ou sur un blog, sa pensée est écoutée et lue. Ses études auront donc un autre sens, et le besoin de ne pas aller en classe se résumera juste à l’envie, traditionnelle bien qu’illégale, de sécher les cours.

En cadeau, la suite du texte de Victor Hugo pour celles et ceux qui ne se la rappelaient plus.

(…) Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait de l’Antée dans ce pygmée ; pour le gamin toucher le pavé, c’est comme pour le géant toucher la terre ; Gavroche n’était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’où était venu le coup, et se mit à chanter :

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à…

Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler.

Les Misérables, Cinquième partie, Livre I,
« La guerre entre quatre murs », Chapitre XV « Gavroche dehors »

Cadeau numéro 2, un morceau de toile extrait de  »La Liberté guidant le Peuple d’Eugène Delacroix »

 Portrait de Gavroche

Contributions au débat :

véronique oct 21, 9:37

toujours ce même discours d’un adulte à un enfant : “fais ce que je te dis mais ne fais pas ce que je fais”.
Alors quoi n’ont-ils plus le droit de s’exprimer ? bah non parce que s’ils le font on les insulte de petits cons.
bon ils le font maladroitement je l’admets mais ni plus ni moins que les adultes qui lors des défilés de grève à narbonne bloquaient les rues avec des containers pour empêcher les voitures de passer ou qui ont fait un sitting devant la sous-préfecture, j’y étais cela ne m’a pas choquée.
ne muselons pas nos petits “GAVROCHE” aidons-les à s’exprimer



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